Browse By

Municipales à Bordeaux: après Juppé, la droite en mode “start-up”

Orpheline de sa figure nationale, la droite bordelaise part en ordre dispersé alors que les échéances électorales se rapprochent. État des lieux d’un fatras politique après le départ d’Alain Juppé.

« Je lance un appel vibrant aux déçus du maire Nicolas Florian à nous rejoindre ». Bruno Paluteau est le candidat investit par le Rassemblement National à Bordeaux. Le chirurgien-dentiste, installé dans son cabinet du triangle d’or et dans son costume anglais, croit en ses chances, alors qu’il annonce fièrement le ralliement à sa liste de « La Droite Populaire », mouvement de l’ex-député LR Thierry Mariani. Crédité, selon un dernier sondage, de 7 % d’intentions de vote, (juste devant La France Insoumise), le conseiller municipal de Bègles, l’ancien fief de Noël Mamère, a devant lui une rude concurrence. Excepté le candidat écologiste Pierre Hurmic, que les sondages positionnent à la seconde place dans tous les cas de figure, Bruno Paluteau doit faire à ceux qu’il surnomme « les Dupond et Dupont » de la politique bordelaise.

Nicolas Florian, le successeur (LR) d’Alain Juppé, et Thomas Cazenave (LREM), désigné par Macron, se livrent une bataille d’opérette. Pas pris au sérieux par le maire, qui a les yeux rivés sur son vert d’adversaire, le candidat En Marche ! ferraille dur depuis la fin de l’été, où l’état-major du parti présidentiel l’a officiellement investi pour rafler Bordeaux aux juppéistes. L’équipe du candidat, qui n’est crédité que de 16% des intentions de vote, compte pourtant plusieurs adeptes de l’ancien maire, dont la figure indélébile plane encore sur la ville, les élections… et ses protagonistes.

L’irruption soudaine dans le paysage politique bordelais de Thomas Cazenave a de quoi troubler. Cet énarque il y a peu encore responsable de « la transformation publique » auprès du Premier Ministre, vient en effet chasser sur des terres déjà acquises à la majorité. « Quelqu’un qui représente le parti présidentiel ne peut se contenter d’un rôle de nuisance » analyse vertement Michel Dufranc, l’ancien bâtonnier de Bordeaux, aujourd’hui patron girondin de « Agir », la droite « Macron compatible ». « Florian à pour projet Bordeaux, Cazenave a pour projet Cazenave. C’est un prédateur, je pense qu’il n’a aucune chance » tempête-t-il, avant d’annoncer que les partis de centre-droit qu’il chapeaute vont prochainement demander au parachuté de se retirer. 

Lorsqu’on lui fait remarquer sa proximité politique avec le maire qu’il défie, Thomas Cazenave n’en démord pas, dans une langue bien enrobée : « Nicolas Florian s’est présenté contre la candidate LREM aux dernières législatives, il est donc un adversaire de la majorité ». Réponse interposée de notre analyste-spectateur Michel Dufranc : « L’élection municipale est une élection locale, pas nationale ».

En Marche washing

L’actuel maire de Bordeaux est en tête de tous les sondages, le dernier lui accordant 33% au premier tour. Mais même s’il dit ne pas se préoccuper de la candidature parisienne qu’il considère comme parasite, Nicolas Florian s’engage dans un « En Marche washing », trop conscient du pouvoir de vampirisation des voix de son adversaire. C’est qu’il y a du chemin à rattraper sur l’esprit « Start-up nation » de Thomas Cazenave, pour reprendre le titre d’un ouvrage* dont il est le co-auteur.

Proximité, égalité femmes-hommes, « défis démocratique, écologique », « co-construction », « bordelaises et bordelais », les « citoyens » étant systématiquement déclinés dans leur binarité… Autant de mots-clés et thèmes de campagne entendus sans distinction dans la bouche des deux candidats, atteints du « syndrome du président normal ». La remise en cause des élites, surtout dans ce bastion des gilets jaunes, est passée par là…

Ce 14 décembre, Thomas Cazenave animait une conviviale « réunion d’appartement » – 500 personnes quand même – au milieu des canapés disposés sur la scène de l’Athénée Municipal. Nicolas Florian inaugurait lui, il y a quelques semaines, dans une rue à forte visibilité, son « Atelier de campagne », aux vitrines marquées de devises consensuelles : « Se faire confiance pour relever les défis », « Fiers d’être bordelais et bordelaises ». Ces mantras électoraux, la jeune garde du maire les a ici martelés, lors du lancement de campagne du maire… sans le maire (pris en photo « au travail » à son bureau, au même moment). « Au-delà des étiquettes politiques, il s’agit de trouver des solutions pour le monde de demain » déclarait, souriante, Julia Mouzon, figure de proue féminine et féministe fraichement débarquée dans la campagne. « Diversité », « quotidien », « concret », « intelligence collective »… Les précautions de langage sont régulièrement entrecoupées par les courtes tirades de Ludovic Martinez, dont le bagou, qui capte l’attention de la salle, contraste avec le pédagogisme efforcé des VRP de Florian. Le directeur de cabinet du maire, baron noir du Palais Rohan qui avait longtemps convoité le siège d’Alain Juppé, conclura s’en oublier de se référer à son ancien patron : « On lui doit de gagner ces élections ». En pleine confusion, la figure de l’ancien maire est finalement le seul repère.

« L’Etat en mode start-up » de Thomas Cazenave et Yann Algan

Image: Nicolas Florian, qui a toujours l’étiquette LR, veut s’en délester. « Mon parti c’est Bordeaux » martèle-t-il. Point presse de lancement de campagne le 16 décembre. / Photo Quentin Hoster

Cet article est initialement paru dans Valeurs Actuelles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le blog
Quentin Hoster
Hervé Mathurin

Voay Media

Le Cercle Mauriac

Ex Nihilo se positionne sur la ligne “centriste et malpensante”, contre le conformisme et le nihilisme de l’époque. Blasphème depuis 2016.

A la Une Bordeaux 2020 Debunk Interviews L'enquête bisounours Lu et corrigé Taisez-vous !