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L’Amazonie sous le feu des collapsologues

Cette photo date de 1989

Il est une chose plus triste encore que l’Amazonie incandescente : l’esprit critique et de rigueur, base d’une démocratie vitale, qui part en fumée. Cette dernière semaine a fourni sur nos écrans – de fumée – un contingent qualitatif d’intoxications, autrement plus redoutables que le monoxyde de carbone. « Le poumon de la planète brûle comme jamais » nous a-t-on affirmé. Rien dans cette phrase n’est vrai.

L’Amazonie ne brûle pas plus qu’avant

Ou du moins, pas plus que par rapport aux vingt années précédentes. Depuis le début de l’année, 72 000 départs de feu ont été constatés, soit 83% de plus que l’année précédente, sur la même période. Mais s’arrêter là serait trompeur : en 2016 et 2012, leur nombre était beaucoup plus significatif, sans parler des feux de 2010 et 2007, où l’on en compte plus du double. Depuis 1999, cette année n’est « que » la 12ème plus dévastatrice, si l’on en croit l’INPE (Institut National de Recherche Spatiale du Brésil), relayés par un internaute (@Tidus_17) plus consciencieux que nos chers médias. (Thread complet ici). Même le New York Times le rapporte : la déforestation n’est dans la majeure partie des cas pas responsable des départs de feu, contrairement à ce qui a été dit. Silence médiatique là-dessus comme sur l’envoi de militaires pour endiguer les incendies par Bolsonaro, bête noire médiatique.

Graphique par Will (@Tidus_17)

L’Amazonie n’est pas le poumon de la Terre

Tous les médias en mal de vocabulaire comme notre président qui n’en est pourtant pas dépourvu l’ont dit : la forêt équatorienne est le poumon de la Terre. Fausseté là encore proférée avec la force d’une vérité bien réfutable. « C’est un symbole mais ce n’est pas une image scientifiquement exacte » pour Alain Pave, un chercheur cité par le HuffPost. L’Amazonie, qui représente 10% de la surface forestière mondiale, ne peut être réduite à une expression si simpliste qui exclue toutes les subtilités de fonctionnement d’un écosystème (taille, âge, espèce des arbres…). Bien expliqué dans l’article.

L’Amazonie est un trésor à protéger

Les esprits chagrins verront inévitablement dans cette nécessaire mise au point factuelle une volonté de minimiser la gravité des faits, voire carrément d’exprimer un climato-septicisme à peine contenu. Précision en forme de dédouanement à leur destination : un quart des espèces mondiales y sont présentes, soit quelque 30.000 espèces de plantes, 2500 de poissons, 1500 d’oiseaux, 500 de mammifères, 550 de reptiles et 2,5 millions d’insectes.

L’Afrique brûle plus encore que l’Amazonie, dans l’indifférence générale

Ce n’est pas le propos d’un néo-colonialiste, mais de la NASA, qui relève dans cet article que les incendies sont contre intuitivement de moins en moins fréquents dans le monde. Autre cas de cécité sélective : l’Afrique subsaharienne (Angola, Zambie, Tanzanie, Congo principalement) brûle en ce moment plus encore que l’Amazonie. En cause : la pratique de la culture sur brûlis. L’agence spatiale Européenne (ESA) l’affirme : 70% des feux dans le monde viennent de cette région.

Voir la jungle primaire est certes plus spectaculaire et plus triste, compte tenu de la biodiversité qu’elle abrite, mais pas plus inhabituel que la savane africaine qui se consume.

Image Nasa

Ayons une pensée pour Greta qui doit déprimer sur son bateau

Les collapsologues dans la veine de Pablo Servigne, persuadés de l’imminence de “l’effondrement” ont remporté une nouvelle bataille médiatique en jouant sur l’émotion pour combler le vide de raison. Leur credo est simple : faire croire que tout est pire qu’avant pour alimenter leur discours anticapitaliste, anti Bolsonaro, le libéralisme et le président brésilien étant leurs boucs-émissaires du moment. Un drame que nos médias servent la soupe aux extrémismes qui attisent le feu du populisme vert.

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