Browse By

Iles Éparses: le rapt démocratique

Emmanuel Macron sur l’île de la Grande Glorieuse / Jacques Witt – AFP

« Ici c’est la France, c’est une formidable richesse, c’est notre fierté ».

Tels étaient les propos d’Emmanuel Macron, lors de sa visite de La Grande Glorieuse, le 23 Octobre 2019, après l’annonce de sa décision de classer cette petite île au Nord Ouest de Madagascar « réserve naturelle nationale française ».

En devenant le premier président français à s’y rendre et en y soulignant la volonté de l’Etat français d’en préserver la riche biodiversité, l’actuel locataire de l’Élysée a voulu réaffirmer son vif intérêt pour la question écologique. Officiellement. Car La Grande Glorieuse fait partie des Îles éparses, un archipel injustement séparé par la France de Madagascar, au lendemain de son Indépendance, et dont la restitution est demandée par les autorités malgaches, depuis près de 40 ans. En foulant le sol de cet îlot, Emmanuel Macron a surtout décidé d’assoir la souveraineté de l’Hexagone sur cette zone de l’Océan Indien, en piétinant les revendications de la Grande Île. Une situation qui illustre l’hypocrisie de la diplomatie à l’occidentale.

Sourde oreille

Invité, dans une résolution de l’ONU de 1979, à « entamer sans plus tarder les négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration de ces îles arbitrairement séparées de Madagascar », l’Etat Français, qui s’est pourtant historiquement érigé en défenseur des libertés et des droits humains sur la scène internationale, a décidé, pendant plusieurs décennies et encore aujourd’hui, de faire la sourde oreille. L’Hexagone ferait-il obstacle au droit le plus absolu de l’une de ses anciennes colonies de recouvrer pleinement son intégrité territoriale ?

La France aurait-elle abandonné cette morale humaniste constamment invoquée lorsqu’il s’agit de faire respecter, dans le monde, le droit des peuples de disposer d’eux mêmes ?

La morale ne sert qu’à déguiser les intérêts économiques et géopolitiques égoïstes des grands de ce monde. Car au delà de l’enjeu écologique certain que représentent les Îles éparses, en dépossédant le 5ème pays le plus pauvre au monde de ses terres, la France bénéficie d’une zone économique exclusive de 640 000km2 potentiellement riche en hydrocarbures et en ressources halieutiques. Mais l’affront fait à Madagascar par le Président Macron ne s’est pas limité à la réaffirmation subite de la souveraineté française sur les Îles Éparses, à l’approche de la mise en place d’une commission mixte qui travaillera à trouver un terrain d’entente entre les deux pays.

Prédations

Dans sa prise de parole, le chef de l’Etat a affirmé que la présence française dans la zone évite la « prédation des mers ». Qu’a voulu dire Emmanuel Macron ? Sous entend-il que si l’archipel avait été restitué à Madagascar, la Grande Île aurait inévitablement négligé sa biodiversité marine ? Sous entend-il que la France a évité à Madagascar de courir à sa propre perte, en exerçant sa souveraineté sur un territoire justement supposé malgache ? Comment un Président peut-il aussi ouvertement justifier les bienfaits de ce qui semble être une ingérence ?

Quelques soient les impératifs de développement de Madagascar,  le Président Macron doit respecter le droit de la Grande Île d’exercer sa souveraineté sur l’intégralité de son territoire, pour le meilleur et pour le pire, car chaque pays est maître de son propre destin.

One thought on “Iles Éparses: le rapt démocratique”

  1. Avatar
    Vololona says:

    Merci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *