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Dieudonné: l’interview

En 2014, Le Figaro dit de lui qu’il a « peut-être été le meilleur » des humoristes français, tandis que L’Express écrivait « un des meilleurs comiques de sa génération, avant de basculer dans une autre dimension ». Militant antiraciste depuis sa jeunesse, d’abord à gauche, où il avait de nombreux amis médiatiques, militant anti FN, il a fini par se rapprocher de Jean-Marie Le Pen, puis d’Alain Soral et d’autres figures de l’extrême-droite.

Dieudonné M’bala M’bala est désormais célèbre pour ses prises de positions anti-israéliennes, antisionistes, jamais vraiment loin de l’antisémitisme. Il a fait l’objet de multiples condamnations, judiciaires, depuis le début des années 2000, puis médiatiques, aujourd’hui ostracisé de tous les médias.
Tout cela s’est cristallisé en 2013 par son opposition à Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, qui avait demandé à faire interdire son spectacle « Le Mur ».
Il joue aujourd’hui à guichets fermés dans toute la France, doit envoyer un SMS à ses spectateurs à la dernière minute pour indiquer le lieu secret du spectacle, le dernier étant sobrement intitulé « Gilets Jaunes ». Depuis l’émergence du mouvement il s’en ai fait l’un des portes voix, c’est notamment pour cela qu’il s’exprime ici.

Nota Bene pour les ahuris : Puisque ostraciser les opinions leur attire – par un processus de victimisation bien orchestré – plus de sympathie que d’indifférence, la meilleure solution reste de les exposer au grand jour, pour en connaître véritablement la nature, et s’en désolidariser (ou pas), quand elles affrontent la contradiction.

Merci d’avoir accepté cette interview, puisqu’on estime que tout le monde à le droit à la parole, dans les limites de l’acceptable.

Jusqu’à présent ça s’est toujours très bien passé. J’ai été effectivement interdit de certains médias pour des raisons qui sont politiques. Vous allez voir, je ne suis pas un dangereux personnage.

Vous êtes en ce moment en tournée dans toute la France avec votre spectacle “Gilets Jaunes”, pour vous, que signifie ce mouvement ?

Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement important pour moi. Il manifeste le génie français, cette capacité à se réveiller, cet instinct d’intelligence propre à ce peuple, de manière peut-être désorganisée dans un premier temps mais extrêmement humaine, chaleureuse. Les gens se sont rapprochés. Dans mon quartier, du côté de Mantes-la-Jolie, puis après à Paris, j’ai été porté par ce mouvement, dès le départ, et je trouve qu’il est plein d’espoir.

Est-ce que vous estimez que vous représentez beaucoup de gilets jaunes ? Ou n’est-ce pas une forme de récupération pour votre publicité ?

Moi je ne travaille pas pour les grands médias, les grands groupes, je n’ai jamais fait de publicité que pour moi-même, pour mes spectacles. Aujourd’hui, les gilets jaunes n’ont pas de porte-parole. S’il y a un porte-parole, canal historique, c’est Jésus lui-même.

C’est d’ailleurs l’affiche de votre dernier spectacle.

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Oui, c’est l’homme de vérité qui par sa lumière a réussi à emporter l’adhésion du peuple et à nous faire lâcher prise aux marchands du temple. Aujourd’hui c’est d’actualité. Dire que je suis un gilet jaune, bien sûr, mais il n’y a pas d’autre porte-parole pour moi chez les gilets jaunes que celui qui a tout donné.

Il y a plusieurs années dans la presse, vous aviez déclaré vouloir « un jour une société métissée, mélangée, où toutes les religions, toutes les cultures vont vivre en bonne harmonie ». (La Dépêche du Midi, 2001). Or, dans vos sketchs, vous parlez sans arrêt des sionistes, des banquiers, des lobbys, vous ressassez sans cesse la traite négrière. N’êtes-vous pas proche, par ces idées, du mouvement indigéniste ? Pensez-vous vraiment participer à l’apaisement que vous appeliez avec ces propos ? Le meilleur moyen pour reconnecter ces communautés entre elles et les fondre dans la France, sans pour autant nier leurs spécificités et leurs histoires, n’est-il pas au contraire d’arrêter d’en parler et de cesser de remuer le couteau dans la plaie ?

Jésus disait qu’il n’y avait plus de grecs, de romains… Je ne sais pas. Vous avez le droit d’avoir le regard que vous voulez sur mon travail. Quand vous dîtes que je parle « sans cesse de », c’est que vous ne connaissez pas mon travail. Lorsque j’ai été condamné à l’époque pour « Le Mur », c’était deux répliques dans le spectacle, que j’ai retiré. J’ai fait un nouveau spectacle qui en est expurgé.

Mais dans vos sketchs sur YouTube, ce sont des choses qui reviennent régulièrement. Dans chacune de vos vidéos vous taclez toujours les mêmes : juifs/sionistes, banquiers, francs-maçons.

C’est votre sensibilité. C’est un sujet qui est extrêmement sensible. On côtoie les limites de la liberté d’expression lorsqu’on fait le travail d’humoriste, et il y a une limite. Cette limite c’est tout ce qui touche de près ou de loin à ces questions du sionisme. C’est une sensibilité particulière. En France vous pouvez faire des sketchs sur les chinois de manière outrancière, il n’y a aucun souci. Sur les noirs, sur les musulmans…

Est-ce que ce ne serait pas plus simple d’arrêter de faire des sketchs sur ces communautés dans ce cas, dans la logique d’apaisement à laquelle vous avez un jour appelé ?

C’est une solution que vous apportez, que je découvre : de dire aux humoristes d’arrêter de parler.

Pas d’arrêter de faire de l’humour, mais de l’humour sur autre chose.

Sur des sujets qui ne dérangent pas alors. Vous êtes d’accord que si on n’apprécie pas, on baisse le volume, on ne vient pas me voir et puis c’est tout. C’est plus simple.

Le 27 novembre dernier vous avez été condamné à 9000€ d’amende pour complicité d’injure à caractère antisémite, au sujet d’une chanson que vous aviez publié, intitulée « C’est mon chooaa ». Vous êtes convoqué par la justice le 17 janvier à Genève pour des propos négationnistes tenus lors de vos spectacles en Suisse. Vous le savez sans doute, les actes antisémites ont explosé en 2019 de 74% par rapport à l’année précédente. Il y a les insultes quotidiennes que subissent les juifs notamment en Seine-Saint-Denis, qu’ils doivent fuir, il y a les tags dans les cimetières, il y a des meurtres ignobles, comme celui de Mireille Knoll, cette octogénaire violemment assassinée chez elle… Est-ce que vous n’avez pas le sentiment, en pointant du doigt les juifs de la sorte, de participer à cette résurgence de l’antisémitisme ?

Je ne fais pas d’amalgame, je ne stigmatise pas les juifs dans leur ensemble. Mais il y a des juifs, vous en parliez, qui peuvent se cacher derrière leur appartenance pour commettre des choses délictuelles. Mais c’est vous qui me parlez des juifs, je ne vous en ai pas parlé moi.

Parce que c’est un sujet qui revient régulièrement dans votre bouche, je suis un peu obligé d’en parler.

Vous me dites que j’ai été condamné, mais Mandela a fait 27 ans de prison.

Pour des raisons un peu différentes…

Pour des raisons raciales. Il disait simplement « je voudrais vivre libre ». Il a été enfermé pour ça. Je demande ma liberté d’expression, c’est tout. Mais il y a un groupe de gens qui me la refusent. Aujourd’hui vous m’accordez une liberté d’expression en revenant sur toutes mes condamnations. Comment se fait-il qu’un Marc Olivier Fogiel, qui a été condamné pour injure raciale à l’endroit des noirs – il avait fait une blague sur l’odeur des noirs – comment se fait-il qu’il été nommé directeur général de BFMTV ? Comment se fait-il que Zemmour, qui a été condamné, on le voit partout ? Le maire de Bordeaux a été condamné, il s’est présenté aux présidentielles. De quoi parlons-nous ? Moi j’ai été condamné pour des sketchs. « J’ai chaud à la tête devant le barbecue ». J’ai été condamné à 9000 € pour cette chanson écrite avec un juif qui s’appelle Germain Gaiffe-Cohen (NDLR: incarcéré pour meurtre en 1997, directeur-adjoint de la publication de Égalité & Réconciliation, le site d’Alain Soral). Ses parents sont morts dans les camps. Il m’a dit « Dieudo tu as raison de faire des sketchs sur ceux qui exploitent la souffrance de mes grands-parents ». Ça, vous ne le savez pas.

Vous êtes ostracisés par beaucoup de médias, et plein d’amis, on peut parler d’Elie Semoun, vous ont tourné le dos à cause de cela, donc ce n’est pas moi qui dis que vous tenez des propos antisémites.

Je ne vous connais même pas, donc vous vous imaginez bien que je n’ai rien contre vous. Mais par vos questions, vous servez une propagande.

J’essaie au contraire de lever le voile.

Vous ne croyez pas que BFM est un média controversé ? Vous ne croyez pas qu’Emmanuel Macron est un personnage controversé ?

Ils le sont peut-être mais ne font pas d’incitation à la haine.

Ils ne font pas d’incitation à la haine BFMTV ? Bien évidemment que oui. Ils ont une ligne éditoriale, ils tapent sur les mêmes personnes. Allez voir les gilets jaunes et demandez-leur si BFMTV ne leur tapent pas dessus. BFMTV est un média de propagande de la banque et de l’État.

Le rôle de l’humoriste est d’aller sur des zones où d’autres ne vont pas. Le bouffon du Roi était le seul qui avait le droit de critiquer, de dire certaines choses. Coluche l’avait très bien fait, il s’était un peu fait tirer dessus et puis avec l’avènement d’internet, le niveau d’expression a baissé, on a plus le droit de rien dire. Moi je n’ai jamais incité à la haine envers qui que ce soit. Je me suis amusé de la compétition victimaire de la hiérarchisation des souffrances. Il faut être malhonnête pour ne pas voir qu’en France il y a une souffrance qui est défendue et les autres, c’est de la merde ! Moi je suis descendant d’esclave, je rigole. Je n’ai pas envie de culpabiliser qui que se soit, aucun blanc sur la souffrance des noirs. Je sais bien que les blancs ne sont pas responsables, mais ce sont toujours les mêmes : la banque, l’argent. Évidemment le peuple de France, des forêts, des champs, lui, s’est battu pour survivre comme on l’a fait en Afrique. Je n’ai absolument aucun problème d’ordre racial, ethnique ou religieux. Mais je mets le doigt où ça fait mal sur ceux qui ont vraiment la puissance, qui ont les médias qui appartiennent aux banques.

Vous dites qu’on a de moins en moins le droit de s’exprimer, mais ne pensez-vous pas que le fait que Éric Zemmour ait tapis rouge tous les soirs sur CNews constitue un contre-argument ?

Pourquoi selon vous Éric Zemmour est invité sur tous les plateaux et pas moi ? Quelle différence y a-t-il entre nous ? Moi je suis un humoriste, je travaille dans le cadre de l’humour. Je n’ai pas le droit de faire une chanson, avec un co-auteur qui est juif, qui dit « j’ai chaud à la tête devant le barbecue ». Mais lui peut dire qu’on est en guerre civile et que les costumes nazis sont remplacés par des djellabas. Où est le curseur de la liberté d’expression ? Il faut être aveugle ou malhonnête pour ne pas le voir.

Les médias ne sont pas libres, ils appartiennent à des groupes, qui appartiennent à des banques, et vous imaginez bien qu’ils ne peuvent pas divulguer des informations qui vont à l’encontre de leurs intérêts. Il faut arrêter d’écouter BFM et la télé, il faut aller sur internet et choisir les réflexions qui nous intéressent.

Malgré le fait que les chaines appartiennent à des groupes, il y a quand même une certaine pluralité d’opinions.

Je suis interdit partout. Si vous croyez, vous, que les médias sont objectifs, c’est une croyance et je la respecte.

Ils sont forcément subjectifs mais ce sont plusieurs subjectivités qui se côtoient.

C’est ça. Mais ils font ce qu’on leur demande de faire parce qu’ils ont des bulletins de salaire qui sont délivrés par des gens qui ne veulent pas qu’on dise autre chose que ce qu’ils ont envie d’entendre. Ce qui est normal. Mais sur Internet, c’est différent, les gens y disent ce qu’ils veulent. Je trouve que le vrai travail de journaliste doit s’exprimer dans un espace comme Internet, prochainement des blockchains, c’est-à-dire un espace parfaitement libre et hors de contrôle.

Interview réalisée dans “Ça reste en off”, diffusée le 25 décembre 2019

One thought on “Dieudonné: l’interview”

  1. Avatar
    Autrui says:

    Interview totalement à charge !
    Bravo à Dieudonné de délivrer tout de même un message de paix.

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