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Alexandre del Valle, islamiquement incorrect

Spécialiste du monde arabo-musulman et de son cancer, l’islamisme, le géopolitologue Alexandre del Valle détaille les origines de ce qu’il appelle “le totalitarisme islamique” avec ses agents d’influence, affichés ou masqués, pour répondre à la question: “Comment en est-on arrivés là ?”

>Voir Bio et CV d’Alexandre del Valle

Qu’appelez-vous « l’islamiquement correct », sous-titre de votre dernier livre « La stratégie de l’intimidation » ?

C’est cette propension des occidentaux à édulcorer les crimes commis au nom de l’Islam et de l’islamisme, voire les nier, pour à l’inverse toujours valoriser, dès que possible, tout ce qui a trait à la civilisation musulmane, aux musulmans ou à l’Islam.

Pour Alain Finkielkraut « le concept d’islamophobie relève de la terreur intellectuelle. Est aujourd’hui considéré comme islamophobe celui qui veut que les musulmans se soumettent aux lois de la République ». Ne devrait-on pas dans ce cas, pour désigner la haine véritable envers les musulmans, utiliser un autre terme, comme « musulmanophobie » ?

Il est vrai qu’on devrait dire « musulmanophobie ». Mais si l’on refuse le mot islamophobie, on refuse aussi « christianophobie » et « judéophobie ». Il faudrait plutôt refuser « phobie ». Car la phobie est une peur, pas un délit et aucune loi n’interdit d’avoir peur. Mais le problème n’est pas là. C’est au nom de l’Islam qu’il y a le plus de meurtres, de haine, d’agressions contre les homosexuels, les juifs et les chrétiens. La supercherie n’est pas dans le mot lui-même, mais dans le fait qu’on plaigne les musulmans, alors même que certains d’entre eux en sont véritablement victimes. On a le droit de ne pas aimer une religion, dès lors qu’il n’y a pas d’appel à discriminer, à la haine, pas d’atteinte physique.

Ceux qui portent cette accusation d’islamophobie sont souvent renvoyés à l’islamogauchisme. De quoi s’agit-il ?

C’est l’alliance des totalitaires. L’adage est connu : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». On est opposé à quelqu’un, mais momentanément on est alliés car on a le même ennemi commun. Un peu comme Hitler et Staline contre les Alliés. Les islamogauchistes sont des trotskystes révolutionnaires, pour qui il faut détruire la frontière, la Nation, délégitimer la patrie, l’Occident. D’où leur proximité avec la mouvance des Frères Musulmans. L’internationalime tiers mondiste, anticolonialiste, antioccidental, antisioniste, antiaméricain, et surtout antieuropéen, puisqu’il déteste le passé chrétien de l’Europe, allie l’extrême gauche et l’islamisme.  

Les musulmans de France sont-ils bien représentés dans les instances officielles ?

Les représentations sont fondamentales, car ce sont elles qui permettent l’intégration. Le problème est qu’aujourd’hui en France, les musulmans sont pris en otage par une minorité d’activistes islamistes, qui craignent leur intégration, d’où la phrase de Tariq Ramadan : « l’intégration risque d’être une désintégration. »

Ceux qui représentent les musulmans au sein du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) ne font pas allégeance aux valeurs de la France et la civilisation occidentale.

C’est très grave. Ils veulent fanatiser les musulmans pour favoriser un repli, une « désassimilation ». Car pour un islamiste qui veut la charia, un musulman n’a même pas le droit de vivre en terre mécréante, il ne peut pas obéir aux non musulmans.
On aurait pu beaucoup mieux intégrer les musulmans, comme c’est le cas en Russie, où les représentations islamiques font allégeance à Poutine et à l’Église orthodoxe, mais on ne le fait pas.
La seule structure valable au sein du CFCM est la mosquée de Paris de Dalil Boubakeur, malgré son procès contre Charlie Hebdo sur lequel il est revenu. C’est un pôle très ouvert, qui apaise, et prône un Islam respectueux des valeurs de l’Occident et de la République, contrairement à tous les autres pôles (pakistanais, turc, saoudien…) qui y sont hostiles.

Faut-il, comme on l’entend souvent, arrêter de commercer avec les États qui financent l’islamisme en France  ?

Il n’en est pas besoin, c’est même beaucoup plus simple que ce que l’on pourrait croire. Un jour, Charles Pasqua m’a expliqué comment il avait obtenu que l’Arabie Saoudite n’envoie plus d’argent pour les salafistes en France. Il y est allé, a rencontré son homologue ministre de l’Intérieur et lui a poliment demandé : « S’il vous plaît, ne financez pas les salafistes chez nous, vous n’aimeriez pas qu’on finance des catholiques chez vous ». Il a été étonné de se voir répondre : « Pas de problème, on ne me l’avait jamais demandé avant ». Pas besoin de rompre les relations diplomatiques. Si on dit à un pays : « Stop ! Je suis chez moi. Tu fais ce que tu veux chez toi mais chez moi tu m’emmerdes pas », il comprendra parfaitement. Au contraire, si on ne lui demande pas, il nous méprise.

Même l’inflexible président turc Erdogan se retiendrait ?

Il faut savoir faire une demande musclée. Je crois au rapport de forces entre les nations et au pouvoir de la culpabilisation. Les États les comprennent parfaitement, surtout quand ils n’agissent pas pour leur survie, mais pour faire de l’expansionnisme. Erdogan sait très bien manier le victimisme, en dénonçant l’arrogance occidentale et l’islamophobie. Qu’est-ce qui nous interdit de faire la même chose ? Imaginez un président de la République française qui déclarerait au G7 : « Aujourd’hui, un État empiète sur les valeurs de la France et vient semer le trouble sur le territoire ». Ce serait un scandale diplomatique, et la Turquie serait obligée de démentir.

Recep Tayyip Erdogan à Ankara – Adem Altan / AFP

Quand Merkel s’est vue traitée de nazie par Erdogan, elle a exprimé une forte indignation et refusé que des politiciens turcs viennent faire de la propagande en vue du référendum qui a donné les pleins pouvoirs à Erdogan. La riposte a été habile, et Erdogan a commencé à se calmer. Nous, on a permis la propagande pro-turque islamiste nationaliste, au moment où la Turquie insultait gravement la Belgique, la Suède, l’Allemagne et l’Europe entière qu’elle qualifiait de « continent en voie de putréfaction ». Plutôt que d’exercer notre devoir de solidarité, on a reçu des officiels et Erdogan lui-même à Strasbourg. On a fait exactement ce qu’il fallait pour exciter la bête. Plus on lui montre de la faiblesse, plus elle vous mord.

Dans votre livre « Islamisme et États-Unis, une alliance contre l’Europe » (2000), vous affirmiez que les américains instrumentalisaient les islamistes pour détruire l’Europe. N’est-ce pas une vision complotiste ?

Ça peut le paraitre, c’est vrai. Quand j’ai écrit ce livre, on sortait de deux ères interventionnistes avec Bush père, qui avait fait la première guerre en Irak, et Clinton qui a aidé l’islamisme à pénétrer les Balkans pour la guerre du Kosovo. Que ce soit Bush qui a attaqué un des rares régimes musulmans anti-islamiste, ou Clinton qui a attaqué le pays le plus anti-islamiste d’Europe, (la Serbie Yougoslavie au profit de terroristes albanais musulmans), je montrais à travers eux que les administrations américaines avaient utilisé l’islamisme contre la Russie et la Serbie, donc contre l’Europe. C’était une alliance objective pour diviser et affaiblir les européens.

Après le 11 septembre, les États-Unis ont poursuivi leur stratégie d’alliance avec un islamisme « soft », celui des Frères Musulmans. C’est là qu’ils ont sorti de leur chapeau Erdogan, qui en sortant de prison a créé avec Gül son parti, l’AKP. Il a relooké l’islamisme frériste en le rendant beaucoup plus présentable. Les américains, même s’ils connaissaient son pedigree, pensaient dans la logique de Bush fils du “Grand Moyen-Orient” que l’islamisme pouvait être un élément de démocratisation de la région, ce qui est complètement débile. Ils ont soutenu l’islam politique car il voulait s’exprimer par la démocratie.

Pour Erdogan, la démocratie est un moyen pour atteindre la société chariatique et le rétablissement du califat, son objectif final.

Pour les analystes américains de la CIA qui ont inspiré Bush et Clinton, on peut parvenir à une société islamique un petit peu édulcorée, légèrement moins brutale que celle des talibans de manière démocratique, par les urnes, comme en Iran.

Pourquoi les États-Unis ont-ils favorisé le courant islamiste plutôt que laïc en Turquie ?

Parmi les six flèches du kémalisme (comme les faisceaux de Mussolini), il y a notamment le nationalisme, le laïcisme et le socialisme. Ce troisième terme est très gênant pour les américains. Pour eux, si les kémalistes sont étatiques, ce n’est pas bon. Comme les États-Unis sont une société fondamentalement libérale, capitaliste, fondée sur l’argent et la libre entreprise, ils préféraient un islamisme anti-occidental mais favorable à la finance et aux banques, qu’un laïcisme d’Atatürk, certes philosophiquement occidental mais économiquement anticapitaliste.

Quelle est la part de responsabilité des États-Unis dans l’explosion de l’islamisme ?

Minimum 50%. Ceux qui disent 100% sont des complotistes qui veulent réduire l’islamisme à un simple complot de la CIA. Mais l’islamisme existait avant la CIA, qui la boosté pendant la guerre froide en Afghanistan et au Pakistan dans sa lutte contre la Russie. Les États-Unis sont alliés avec le Qatar et avec l’Arabie Saoudite depuis 1945, alliance indéfectible, plus forte encore qu’avec Israël et qui a résisté au 11 septembre. Ils ont soutenu le FIS (Front Islamique du Salut) en Algérie, le Kosovo et la Bosnie, avec son leader islamiste Izetbegović, partisan du califat, à qui ils ont laissé des troupes d’Al Qaeda le rejoindre pour combattre les serbes et les croates. Il y a la démonstration par l’Irak, où faire sauter un régime laïc est une façon indirecte d’aider l’islamisme, puisque Al Qaeda a rempli le vide. Même phénomène lorsque les États-Unis d’Obama se sont retirés bêtement d’un coup, abandonnant les tribus sunnites pro-américaines.

Daesh, qui a surgi juste après, est le produit de la guerre en Irak et du retrait stupide, unilatéral et sans service après-vente des États-Unis.

Et il y a enfin le soutien à Erdogan et aux Frères Musulmans, constant jusqu’à Trump, premier chef d’État à émettre des critiques.

La France a-t-elle eu tort d’intervenir en Lybie, au vu de la situation politique actuelle et des réserves d’armes du régime, qui, dilapidées, ont irrigué tous les groupes terroristes d’Afrique ?

Cette guerre décidée par Sarkozy après sa rencontre avec BHL était une guerre pour Total et British Petroleum contre l’entreprise italienne Eni, qui possédait de nombreux puits de pétrole dans la région. C’est une guerre franco-anglaise, validée par la secrétaire d’État et future candidate Clinton et par le président Obama, qu’on nous dépeint comme un gentil pacifiste, alors qu’il participe à une énième guerre qui permet aux islamistes d’arriver au pouvoir. On a délogé un État, certes terroriste par le passé, mais qui y avait renoncé, de même qu’au nucléaire, et qui était devenu un régime très coopératif avec nous contre Al Qaeda. Kadhafi était un cinglé. Mais son mélange de marxisme et d’Islam faisait horreur aux islamistes, qui le considéraient comme un hérétique. Il était contre la charia et affirmait que le vrai Islam était dans le Coran et pas dans les hadiths. Nous avons donc objectivement délogé tous les États qui faisaient obstacle à l’islamisme. La Lybie, l’Irak, mais aussi la Syrie, où les américains ont armé la rébellion islamiste contre Bachar Al Assad, via le programme « Train and Equip », comme au Kosovo dans les années 90.  

Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy
Êtes-vous pour le rapatriement des djihadistes français ?

Les meilleurs spécialistes de l’antiterrorisme, Jean-Charles Brizard, du CAT (Centre d’Analyse du Terrorisme) ou Arnaud Danjean, le député LR, pensent qu’il vaut mieux les rapatrier car ils resteront plus longtemps en prison en plus de nous donner des informations. S’ils sont jugés en Irak et qu’ils ne sont pas condamnés à mort, ils prendront sept ans et reviendront quand même en France. Mais rapatriés et jugés chez nous, on les suit, on les connaît, et on peut les faire parler.

La Ligue Islamique Mondiale a récemment fait parler d’elle alors que son secrétaire général, le saoudien Mohammed Al-Issa, s’est rendu à une « Conférence pour la paix » à Paris. De quoi s’agit-il ?

La Ligue Islamique Mondiale, qui possède son siège à Mantes-la-Jolie, est la plus grande structure internationale d’islamisation. Elle a reçu 80 milliards de dollars en 40 ans, beaucoup plus que l’Union Soviétique n’a arrosé les partis communistes durant toute la guerre froide. C’est la structure saoudienne officielle pour répandre le salafisme, dont les textes disent ouvertement qu’il faut répandre l’Islam pur chez les musulmans d’Europe et empêcher leur adhésion aux idées laïques. Dans une démocratie occidentale qui se respecte et qui défend ses valeurs, elle devrait être interdite.

Paris, le 14/09/19

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