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A la mairie de Bordeaux, parachutage compliqué pour le candidat de la majorité

Thomas Cazenave, candidat à Bordeaux, et Benjamin Griveaux, candidat à Paris / Ugo Amez – SIPA

Au cœur des discussions du “campus des territoires” de La République en Marche : les municipales, et ses candidatures controversées. Cas d’école à Bordeaux, acquise aux idées de la majorité qui veut quand même y imposer son candidat.

Une image est faite pour couper l’appétit d’éventuels frondeurs : Benjamin Griveaux, candidat investi par LAREM à Paris, débarque dans la place avec sa rangée de fidèles, au premier rang desquels le patron du parti, Stanislas Guerini. Une autre est faite pour s’approprier les habits de la vertu écologiste, nerf de la campagne de ces municipales : Edouard Philippe qui échange sous le coucher de soleil avec le chef indien Raoni, défenseur de l’Amazonie en flammes, de passage dans la cité girondine.

C’est qu’à Bordeaux plus encore que dans la capitale, la majorité suscite la controverse dans sa conquête de la mairie. Thomas Cazenave, quarantenaire pas débonnaire, a été parachuté dans l’ancien fief d’Alain Juppé, où trône désormais celui qui se dit juppéiste « primaire, secondaire et tertiaire » : Nicolas Florian. L’édile LR, distancié du parti depuis sa prise en main par Laurent Wauquiez, n’entend pas céder sa place à l’énarque proche d’Emmanuel Macron, dont il dénonce la « logique clanique ». Si doute il y avait quant au choix du Premier Ministre entre le poulain de son mentor Juppé et celui de son président Macron, il a vite été balayé. Partage de sourires et d’une mousse devant les caméras avec le candidat LAREM avant le soutien par les mots auront entériné sa loyauté au parti. Difficile rôle de composition pour Edouard Philippe, qui a dû afficher son entente avec François Bayrou dimanche matin autour d’un petit déjeuner. Le patron du Modem est aussi contrarié par l’affaire, en soutien fidèle du président de la République et du successeur d’Alain Juppé, dont le 1er adjoint, Fabien Robert, arbore l’étiquette centriste.

Le maire de Pau n’a pas forcément gouté à cette tactique, et l’a fait savoir, lors de la grand messe de clôture du campus, où il était invité : « Un maire, ce n’est pas un enjeu partisan. […] La légitimité s’enracine, elle ne vient pas du sommet »…

Plus d’ambiguïté possible donc pour LAREM : « Avec le futur maire de Paris Benjamin Griveaux et celui de Bordeaux Thomas Cazenave » inscrivait en légende de son selfie sur Twitter Aziz Skalli, référent du parti en Gironde, toujours enthousiaste. « Les candidats doivent sortir du sérail » nous explique-t-il, avant de balayer les rumeurs de dissensions dans l’entourage – issu de la gauche – du candidat : « nous avons un pack girondin uni derrière ce projet ». Le son de cloche n’est pas différent du côté de Tanguy Bernard, marcheur de la première heure en Gironde et directeur de campagne de Cazenave : « L’équipe autour de Florian est en place depuis 20-25 ans, il faut du renouvellement. Pour moi, la politique n’est pas un métier ». Pas facile de se démarquer pour celui qui se dit « juppéiste », jugeant le bilan de l’ancien maire « excellent ». Depuis l’investiture de son candidat le 1er juillet dernier, Tanguy Bernard a donc pointé la campagne sur les lacunes de la politique environnementale de la ville, et ses fameux « ilots de chaleur ». Populaire par les chaleurs estivales, reste à savoir si l’offensive se traduira dans les urnes. Un sondage réalisé en mai dernier accorde en effet au candidat LAREM 8 % d’intentions de votes, loin derrière le maire Nicolas Florian, qui plafonne à 45 %. Des chiffres à relativiser pour le patron des marcheurs locaux, qui pointe les faiblesses du chiffrage éludant les indécis et la fraîcheur du candidat, à peine débarqué quand celui-ci était réalisé.

En attendant, la greffe est encore difficile pour Thomas Cazenave, souffrant d’un déficit de notoriété, qui s’explique peut-être par son absence. Parisien la semaine, bordelais le week-end, celui qui occupe le poste de délégué interministériel à la transformation publique est un adepte du porte à porte matinal – agenda oblige – peu au goût des riverains, rapporte Sud Ouest. Reste à savoir si les bordelais lui ouvriront davantage leur porte dans les mois qui viennent.

Paru initialement dans Valeurs Actuelles

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